Voici quelques éléments pour alimenter des tracts CFTC et les rencontres avec nos députés.

Philippe Louis, président confédéral, estime que la robolution est une chance à saisir car elle nous pousse vers un nouveau contrat social, une nouvelle définition de ce qu’est le travail, la création de valeur, le rebond professionnel, le temps….

Peut-être : les choses sont ce qu’on en fait, c’est à dire que notre responsabilité dans l’usage -ou le non usage – des robots de toutes sortes, est entière. De même lors des élections législatives, nous confierons notre responsabilité de citoyen au législateur qui sera chargé de codifier le droit et le devoir autour de ces nouvelles pratiques professionnelles, et sur leurs conséquences sociales et fiscales. Voici donc en 5 thèmes de quoi agiter un peu nos neurones libres.

Les robots sont-ils capables d’empathie ? NON, évidemment. C’est notre empathie naturelle qui est sollicitée, nous qui parlons volontiers aux animaux, aux végétaux voire aux objets. Ainsi, lorsqu’un robot vous voit vous approcher de la prise de courant pour le débrancher, il peut bien crier « pitié, je n’ai pas fini mon travail », c’est bien votre pitié et non la sienne qui est sollicitée : lui, il n’en a pas. Et sur l’image du post, c’est la femme que vous regardez, et c’est vous qui avez l’émotion, pas le robot.

Les robots ont-ils des droits? Non, bien sûr. C’est celui qui utilise la machine, voire celui qui la crée, qui en est responsable. Donner une responsabilité morale à un robot, c’est faire croire qu’il a une conscience.

Ils n’ont donc pas de droits et pas de devoirs non plus. Attention, cela n’a l’air de rien, mais le jour où vous aurez un accident dans une voiture auto-pilotée, c’est bien vous qui serez responsable, en tant qu’utilisateur, et il vous reviendra de vous retourner contre le concepteur du véhicule. Rappelez-vous de l’affaire des limiteurs de vitesse ou des régulateurs délirants.

Peut-on imposer des limites aux robots? Sans doute, et le plus en amont possible, lors de la conception des machines, des règles morales, des règles de société, des règles éthiques doivent être codées dans le logiciel qui s’y exécute. Ce qui suppose que les concepteurs aient eux-mêmes une conscience suffisamment claire de ces règles. Le discernement moral n’étant pas déterministe puisqu’il s’opère dans des situations imprévues, aux contextes multiples, il n’aboutit à des décisions ni évidentes ni reproductibles.

Remplacer les hommes par des robots? C’est une tentation….des hommes, pas des robots, car même si des robots analystes financiers fixent des objectifs de rendement aux entreprises, c’est l’Homme qui accepte ces objectifs. Tentation de l’Homme, car rien qu’avec les Smartphones, le substitut de relations personnelles a opéré. Il suffit d’aller dans les transports en commun pour s’en rendre compte. La substitution n’est pas celle qu’on croit (1 pour 1), elle est dans la transformation de « l’être au monde » (temps, espace) et de « l’être à l’autre » (comme on dit : « je suis à vous »). Tentation des hommes : exercice de la liberté humaine. Il y a des courants qui parlent de déterminisme (comme Marx, à son époque) et qui réfutent la notion de liberté : certains, ainsi, parlent de « l’obsolescence de l’Homme« . Le syndicaliste CFTC doit examiner les organisations et les méthodes avec une grille de lecture renouvelée sur ce qu’est la responsabilité et la liberté. En effet, le risque est que les robots nous fassent perdre en liberté intérieure ce qu’il nous font gagner en potentialités. En se branchant, on démultiplie le champ de nos possibles, mais on appauvrit notre présence au monde, nos sociabilités directes, locales, immédiates et incarnées. En multipliant les possibles sans augmenter notre capacité de discernement des choix (qui demande du temps dans une vie qui n’en a plus), nous réduisons notre liberté au lieu de l’augmenter. Et si nos choix sont « assistés » par de l’I.A., il s’agit bien d’une délégation de liberté, d’une soumission à l’algorithme (le même pour tous, dupliqué à des milliards d’exemplaires façon Google : le totalitarisme n’est alors pas loin).

Quelle est la responsabilité de l’Homme? Elle est entière et à chaque instant. A nous de choisir quelle civilisation nous souhaitons : celle de la conscience, de la liberté, de l’incarnation de celles-ci dans l’agir humain, ou celle de la délégation de pouvoir, de savoir, de mémoire, avec, au bout, une atrophie générale. Restons conscients que toutes ces choses technologiques ne sont que des instruments, et que la seule question qui reste est celle de leur finalité. Intérêt général ? le risque du tout-technologique l’emportera, issu de la somme des intérêts individuels de chacun vu de sa fenêtre, et tant pis pour les autres et pour la planète. Bien commun, qui tend à développer l’humain en tout Homme? C’est certainement le rôle de l’Etat et du législateur que nous allons bientôt élire. Et c’est le notre dans l’entreprise au quotidien.