Il ne s’agit pas ici de faire déjà le procès d’un homme ou d’un quinquennat qui commence à peine. Il s’agit de donner quelques éléments de compréhension, une grille de lecture sur l’une des grandes composantes du programme présidentiel : l’effacement.

Dans son processus d’accès au pouvoir présidentiel, il a effacé les frontières Droite-Gauche en associant au libéralisme économique le libertarisme sociétal, homme-femme en donnant immédiatement des gages au mouvement LGBTQI en matière de reproduction/filiation  et en donnant des gages aux chercheurs sur la possibilité de travailler sur l’embryon humain, sur la perspective du transhumanisme : abolition de la frontière entre l’Homme et le reste des êtres, vivants ou morts ou objets purs (principe de la ressource consommable), entre le vivant et l’inerte. Il va dans le sens de l’effacement des frontières nationales, politiques, en renouvelant l’assemblée et en dé-spécialisant les personnes politiques par la limitation des mandats. Il cherche à fusionner les instances DP, CE et CHSCT en une DUP à tout faire.  Il y avait certes une correction à apporter : qui s’en plaindrait ? Pourtant, ces mélanges créent de la confusion parce qu’ils brouillent les repères, anéantissent la confiance (qui aurait vraiment confiance dans une assemblée de débutants ? moins de 40% des français, à en croire le taux de participation).

Le numérique n’a pas de frontière. L’Homme numérisé est standardisé : Homo Connecticus, consommateur et pourvoyeur de données (malgré lui ou de façon consentante). Indifférencié, donc sans contours ; virtualisé, donc sans réalité charnelle, sans « peau ». Désincarné, en quelque sorte, et réduit à une fonction qui ne mérite l’existence que tant qu’elle est nécessaire….et son support humain avec.

Au passage : il est inconfortable d’être une personne et en même temps une fonction. Cela crée parfois des conflits de valeurs, des schizophrénies, des injonctions contradictoires, des pétages de plomb. « Supprimons l’homme et gardons la fonction (pour l’intérêt général du système) ». Voilà le libéralisme qui se dessine derrière le refonte du droit du travail au motif de la révolution digitale.

N’allons pas trop loin, ce serait faire un procès d’intention. Elevons le débat en rappelant l’antique sagesse biblique de l’acte créateur divin qui agit en séparant les éléments, en réduisant la confusion, en diminuant l’enthropie, comme diraient les thermodynamiciens. Osons le calembour orthographique : la Vie, c’est la réduction de l’enthropie, c’est mettre de l’ordre, séparer pour permettre les échanges par la mise en présence des différences. La Vie, c’est l’anthropie (avec un « a »), c’est le respect de la dignité humaine qui est liberté – ce qui suppose des repères – et enracinement, incarnation, réalité charnelle de ces échanges, de ces rencontres.

Le syndicalisme numérique ne sera pas un syndicalisme digne de ce nom, parce qu’il ne rassemble pas des vraies personnes (« syn » est une racine qui signifie « rassemblement », en grec). Que la CFTC se garde du tout-numérique et qu’elle aborde les propositions de vote électronique avec la plus grande circonspection !

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