L’entreprise dont rêvent les faiseurs d’opinions, penseurs et sociologues de la révolution numérique est désormais bien connue (Uber) et, modèle Silicon Valley à l’appui, va envahir les industries High tech d’Europe. Quelles en sont les caractéristiques ?

  • Très peu d’effectifs en propre, pas de CDI mais des CDD ou des contrats de chantiers désormais prévus par la Loi portant réforme du code du travail.
  • Recours à de la prestation de services auprès d’auto-entrepreneurs, façon Uber
  • Task forces constituées à la demande sur des projets, avec salaire compétitif pour attirer les meilleurs le temps de ce projet (ou de la phase d’engineering de celui-ci, maquettage, prototypage et démonstrateur)
  • pas de locaux, les participants sont reliés par voie numérique VPN, ainsi que leurs outils, bases de données et systèmes collaboratifs distants et internationaux.
  • un présentiel réduit au team building coordonné avec les points-clés
  • pleine responsabilité et autonomie individuelle, pas de structure hiérarchique mais uniquement des relations de et la coordination transversales
  • une rémunération all-inclusive, ce qui signifie : pas de statut social, à peine une convention collective (et encore, si on peut y déroger…), un temps de travail non mesuré, pas de politique salariale évolutive, de gestion de carrière, de dispositifs de conciliation vie pro/vie familiale, etc. Et pas de CE, DP, CHSCT, bien sûr.

Soyons honnêtes : un tel système correspond également au rêve de beaucoup de jeunes start-uppers, et il est adapté à la réactivité et à la créativité qui prolonge le développement exponentiel des capacités technologiques, jusqu’àla fabrication par imprimantes 3D domestiques.

Il n’est pas anodin de voir que, parallèlement à la réforme du code du travail, le président Français pousse à l’accélération de très-haut débit partout en France avec le louable objectif de rééquilibrer les territoires.

Quelques interrogations pourtant :  est-il souhaitable, envisageable ou risqué de mettre en place ce genre de société-prototype (démonstrateur « social » ou « managérial »)? Doit-on en craindre la généralisation? Comment ce retour au statut de « journalier », d’intermittent, de saisonnier peut-il être compatible avec le développement d’une société réelle? Comment assumer une vraie vie de famille lorsque seule l’autodiscipline fait office de régulation? Quel retour d’expérience avons-nous des entreprises virtuelles de ce genre en France, la question culturelle étant primordiale dans ces changements de paradigme socio-économique ?

Entre la créativité nécessaire, part essentielle de la nature humaine, et la vertu de prudence, entre la dynamique d’évolution et la nécessité d’intégrer chacun en faisant société, les tensions ont toujours existé, et elles paraissent toujours plus fortes à chaque génération.

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