Le thème de ces Semaines Sociales était « Quelle Europe voulons-nous? ». Thème urgent lorsqu’on constate partout un questionnement des peuples sur l’identité nationale. « L’épreuve du réel » était le fil rouge des interventions du dimanche dans la session SSF de cette année. Il était pertinent, en lien concret avec les premières conférences de la veille (le projet européen), les exposés enrichissants et contradictoires et ponctués des interventions du frère Aloïs de Taizé, craignant que, sans une redéfinition de sa vocation, l’Union européenne continuera de voir se creuser le fossé entre elle et les peuples et introduisant une lecture humaniste et chrétienne dépassant ainsi le clivage des constats de réussites et d’échecs des 3 intervenants.

Ils conclurent sur l’enjeu fort de faire vivre cet espace politique en gardant l’ambition de préserver nos valeurs communes au sein d’un ensemble démocratique qui se doit de rester uni au sein d’une période fragilisée sur les plans économiques et sociaux.

Quelques points remarquables :

Claude Rolin, député européen convaincu, issu du syndicalisme ouvrier belge, pointe la difficulté de concilier une vision positive et dynamique d’une « Europe qui ferait rêver », avec le scepticisme voire le rejet, conséquences de la casse sociale matérialisée par les délocalisations, la fraude fiscale, les traités commerciaux transatlantiques (TAFTA-CETA) qui doivent être fermement combattus car contraires aux fondements de l’humanisme européen.
Il signale également l’abus de langage des souverainistes et souvent démagogique du « c’est une décision de Bruxelles » alors que techniquement, c’est bien celle des 28 pays ! Note ; Claude Rolin (que nous avons rencontré personnellement au stand CFTC) reprend ici l’un des thèmes d’Enrico Letta qui était intervenu la veille : l’Europe a le mauvais rôle de dire « non » lorsque les Etats, faibles, ne prennent pas leurs responsabilités.

Loïc Armand, représentant du Medef pour les questions européennes et ancien directeur de l’Oréal, nous fait partager une vision des atouts et des réussites de l’Europe fondée sur ce qui relie les états membres, par la mise en lumière de ce qui, dans l’histoire, nous a permis de surmonter nos divergences, par les initiatives innovantes, la liberté de circulation et les normes, en prenant pour exemple concret celle des cosmétiques qui a favorisé l’essor de ce secteur en Europe et de l’Oréal en particulier. Note : le discours de Loïc Armand est à rapprocher de la thèse de Matthieu Detschessahar sur le remplacement des valeurs culturelles par l’économie de marché dans le ciment social des peuples.

« Attention à ne pas trahir notre devoir d’hospitalité », telle a été l’alerte de Véronique Fayet, présidente du Secours catholique. « Face à la question des migrants, nous avons beau avoir signé tous les traités, nous nous asseyons dessus ». L’Europe doit organiser une coopération solide pour la surveillance des frontières et assurer l’accueil des personnes ayant droit à une protection internationale, s’assurer que la répartition des personnes entre les Etats membres tienne compte, outre les critères économiques des pays, des capacités et des souhaits des migrants ainsi que de l’histoire et de la culture de chaque pays.

Publicités