Le nomadisme ou le télétravail représentent des intrusions croissantes de la vie professionnelle dans la vie familiale. Réciproquement, la connectivité apporte sur le lieu de travail des éléments de la vie privée. Et ce n’est pas le seul type d’intrusions. Cet article montre que lorsque tout devient instrusif dans tout, administration, famille, travail professionnel, et sur tous les aspects : matériel, psychique, pécuniaire, données…, toutes les pathologies sont multi-factorielles; ce qui engage la responsabilité de tous les acteurs dans les pathologies individuelles et sociales.

Prenons un exemple : le fait que les salariés avancent de plus en plus de frais professionnels (souvent liés aux déplacements) est une intrusion pécuniaire, temporelle, organisationnelle, de santé : une entreprise oblige ses salariés à utiliser leur voiture personnelle dans des déplacements professionnels dont les horaires dépassent largement les horaires habituels de travail : lever à 4 heures, retour à 23 heures, interdisant l’utilisation de taxis ou VTC.

Cela a un impact sur le risque « fatigue physique », accidentogène, et risque psychosocial.

Cela a un impact également sur la vie de famille, ne serait-ce que par le fait que la voiture est immobilisée (indisponible) durant la mission.

Que penser d’une telle injonction émanant de l’entreprise ? Peut-on s’y opposer individuellement sans risquer d’être licencié? Comment peut-on agir via les Institutions de Représentation du Personnel?

De toute part, on assiste à un report de certaines tâches et de certaines charges sur la vie familiale : la dématérialisation se traduit par un usage fréquent, coûteux, et complètement dés-optimisé du point de vue environnemental, de ressources familiales telles que les imprimantes, de la surface de stockage ou simplement de temps.

La dématérialisation se traduit par la multiplication des risques sur les données, des identifiants, des codes et des post-it  collés sur le bord de nos écrans; accroissement également du risque de dé-socialisation lorsque, à la place d’un facilitateur administratif, nous n’avons qu’une machine idiote qui ne comprend pas les nuances, qui est intolérante aux approximations et qui doit impérativement être à jour dans son système d’exploitation, ses logiciels d’application.

Combien de temps familial passons-nous sur les tutos ou les blogs de résolution de problèmes informatiques qui jaillissent en marge de la vie professionnelle : épargne salariale, mutuelles obligatoires, attestations diverses à obtenir sur « nos espaces privés »!

Lorsque certains responsables indélicats plaident « non coupable » sur des RPS au motif que leur origine est multi-factorielle, peut-être, réciproquement, pourrait-on systématiquement les mettre en cause lors de crises survenant dans la vie familiale, (eux, les administrations publiques et privées)

Décidément, tous ces textes qui prétendent concilier la vie familiale et la vie professionnelle, tels que les accords de mixité-égalité professionnelle, de télétravail, etc. s’apparentent de plus en plus à du « social washing » bidon.

Quelle serait une stratégie juste pour échapper à ce risque?

  • Se retirer du monde et rejoindre le courant des familles autarciques? certains le font, mais ce « sauve qui peut » ne fait pas une société solidaire.
  • Savoir résister aux injonctions tout en restant présent? Cela suppose une force de caractère et un esprit de dissidence élevés.
  • Ou encore accepter de (feindre de) rester complètement soumis à la révolution en cours, tout en s’en distanciant par un détachement toujours plus grand vis à vis des choses matérielles : sortir de l’auto-référencement matérialiste par la méditation, le yoga, le bouddhisme, pour ne citer que le spirituel politiquement correct.

 

Publicités